Vendredi 14 décembre 2007
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Les sept juges de la cour d'assises spéciale de Paris ont condamné jeudi à la réclusion criminelle à perpétuité Yvan Colonna pour
l'assassinat du préfet Claude Erignac, mais ils ont refusé de suivre l'accusation qui réclamait aussi une période de sûreté maximale de 22 ans.
"Aux 36 questions sur la culpabilité, il a été répondu oui à la majorité", a annoncé le président Dominique Coujard après cinq heures de
délibérations, la défense annonçant immédiatement son intention de faire appel.
Jeudi soir, au moins deux villas ont été entièrement détruites par des explosions, provoquant des incendies qui se sont propagés au maquis
environnant, à Cala Longa, près de Bonifacio (extrême sud de la Corse). Néanmoins, rien de permettait vendredi matin d'établir un lien entre ces attentats et le verdict du procès
Colonna.
En sweat-shirt noir, le berger de 47 ans, qui a toujours clamé son innocence, attendait le verdict bras croisés. Il s'est alors dressé,
brandissant le poing, puis, une fois menotté, il a levé ses mains jointes en direction de sa famille, massée au premier rang de l'audience."Un'pienghjite micca" ("ne pleurez pas" en langue
corse), a-t-il lancé à son père Jean-Hugues et sa soeur Christine, effondrés, tandis que sa compagne Pierrette ne laissait rien paraître.
De la salle d'audience, c'est elle qui appellera sur son téléphone portable le fils qu'elle a eu avec l'accusé, Jean-Baptiste (17 ans),
pour lui annoncer le verdict. C'est elle aussi qui rassemblera le clan pour quitter le tribunal. Massés dans la salle, des sympathisants
nationalistes ont crié plusieurs fois "liberta", ou "Staline, Sarkozy merde".
La veuve du préfet, Dominique Erignac est venue "sans esprit de vengeance, sans haine. Elle estime que la
justice est passée à la hauteur de ce qu'était pour elle la perte de son mari", a dit son avocat, Me Philippe Lemaire.
L'un des défenseurs du berger de Cargèse, Me Antoine Sollacaro, a crié à "l'erreur judiciaire". "C'est un verdict qui est prononcé dans un dossier
absolument vide de preuve... Pour nous, le combat ne fait que commencer, nous allons faire appel dans les plus brefs délais", a-t-il dit.
Les magistrats ont reconnu coupable Yvan Colonna d'avoir participé en septembre 1997 à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud),
durant laquelle deux gendarmes avaient été pris en otage, et d'avoir été membre du commando des "sans nom" qui ont assassiné Claude Erignac le
6 février 1998 à Ajaccio.
Quatre de ses six complices déjà sous les verrous, avaient assuré que c'était lui qui avait tiré les trois balles dans la nuque du plus haut
représentant de l'Etat sur l'île. Mais la cour, qui ne motive jamais ses décisions, a condamné Colonna à la même perpétuité "simple" que les deux autres membres du commando, Pierre Alessandri et
Alain Ferrandi, qui avaient reconnu leur présence sur les lieux.
Colonna pourra donc demander un aménagement de peine après 18 ans d'incarcération, car la perpétuité réelle n'existe plus en France, la détention
maximale étant de 30 ans.
Si Yvan Colonna est jugé séparément, quatre ans après les six autres conjurés, c'est qu'il
s'était enfui dans le maquis en mai 1999, alors que la police s'apprêtait à l'arrêter, début d'une cavale de plus de quatre ans. L'accusation reposait principalement sur les dénonciations des
membres du commando et de leurs femmes qui avaient placé Colonna au coeur du complot, avant de se rétracter.
"J'espère qu'il n'y aura pas de conséquences violentes en Corse", a lancé Edmond Simeoni, figure historique du nationalisme. Dans la soirée, devant
le Palais de justice d'Ajaccio, où s'était tenu un rassemblement au moment du verdict, Jean-Marie Poli, porte-parole du comité anti-répression (CAR) avait dénoncé "un jugement inique", "une
injustice flagrante qui ne va pas contribuer à apaiser la situation en Corse".
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